Traverser la rue et trouver un rat

Hier matin, en allant au marché, j’ai vu un rat. Un gros gris. Bien dodu. Il était du genre pressé. Du genre presque écrasé, vu qu’il traversait la rue. Mais voilà. Il traversait au passage piéton. Un rat bien élevé, yeux brillants, regard intelligent. C’est à ce moment là que j’ai su qu’il cherchait du travail. Je me suis demandée à quel genre d’emploi pouvait prétendre un rat de ce type là. Cinéma ? Animalerie ? Aucune réponse immédiate.
Un peu plus loin sur ma route, j’ai vu un autre rat. Un de même calibre. Mais repassé. Visiblement moins chanceux que son collègue. Il avait succombé à un accident. Encore un chômeur qui perdait ses droits.
Une fois garée, me dirigeant à pied vers le marché, j’ai remarqué sur les quais de la rivière un nouveau cadavre. Enfin demi-cadavre. Et surtout demi-rat. Demi-droit au RSA.
Mais d’où venaient tous ces rats qu’avant-hier encore je ne remarquais pas ? Et pourquoi voulaient-ils se faire employer ?
Sur un banc, en face du marché, une vieille femme lisait la Peste de Camus. Tous les rats de la ville se dirigeaient donc vers un casting littéraire.
Mais savaient-ils que Camus était mort depuis longtemps ?

(Dimanche 16 septembre 2018, interpellé par un horticulteur sans emploi, le président de la République Emmanuel Macron lui a répondu « je traverse la rue, je vous trouve un emploi ». )

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