Lire Sylvain Prudhomme

A chaque fois que je regarde un papillon, c’est toujours la même histoire. J’ai beau me dire que ce n’est pas raisonnable, que je vais encore me faire avoir, que je serais dans une situation délicate mais c’est plus fort que moi. Alors je me lance, l’air de rien. Je saute dans les pistils, me gavant de cosmos, de capucines, de volubilis, d’agapanthes. Me pose. Reste tranquille. Les ailes façon panneau solaire. Bercée au creux d’un pétale. Et le filet de Sylvain Prudhomme surgit. Le jeune homme affiche un sourire conquérant. M’explique que je suis un spécimen original, qu’il me baptise Sylvis Prudhommi, qu’il va m’envoyer dans une enveloppe à son oncle André en Afrique, qu’il sera célèbre parce qu’il vient de découvrir une nouvelle espèce en me capturant. J’ai beau lui dire que ses pratiques sont dépassées, beau lui parler de préservation, de biodiversité, de liberté. Mais rien à faire.
Et c’est comme ça que je me retrouve dans une boîte en verre avec d’autres lecteurs. Immobile et impuissante.