Paris est une prison
Les clés sont jetées
C’est à la vie, à la mort
Un horizon dégagé.

Paris est un espoir.
Un soupir. Une certitude. Un regard.
Les dés sont lancés.
On n’y reviendra pas.

Paris est un langage.
A+E : AE , LV love NA
Le monde dans quelques gestes.
Couche stratigraphique d’un Cupidon débordé.

Paris est une matière
Acier et rouille
Une densité plastique
Du composite à chaque étage.

Paris est un pont
Un entre deux
Un presque pas
Un pas tout à fait

Paris est un voyage
Un carrefour d’odyssées
Une transhumance pressée
Une confluence enchaînée.

 

Déluge estival

Au bord du lac, mon pied hésite. Je sais l’eau fraîche pour la saison. Aucun mouvement en surface. La tranquillité aquatique permet le reflet de la voûte argentée. Des publicités nagent près des panneaux indicateurs. C’est le monde à l’envers qui chasse les passagers vers d’autres marées humaines.
Quelques minutes auparavant, le signal sonore avait enclenché le processus. C’était l’appel de la foule. Celle qui tombe en cascade dans les escaliers. Celle qui glisse dans les couloirs multidirectionnels. Celle qui se répand dans le métro quotidien. Dans le torrent des gens, je m’accrochais à la première barre venue. Le tangage indiquait le voyage mouvementé. Et puis voilà. Nous jaillissons sur le quai.
Mais ici, le lac règne en maître. Tombé par hasard lors d’une folle nuit parisienne. Nous sommes sous le Louvre. Le département des Antiquités est en partie fermé, « en raison des intempéries » indique un gardien. Je me plais à penser qu’il s’agisse d’un règlement de compte entre Gaia et Ouranos.
Alors la foule fond et des sourires étonnés naissent. Des regards se croisent. Des hésitations aussi. Certaines personnes se retournent. Attention à l’eau. Une procession est organisée sur le gué. Le pas est mesuré. La cadence ralentie. J’aperçois un isthme. J’ose un saut et me voici sur une île. Seule au lieu de ce lac. Robinson satisfaite de cette situation improbable. Le groupe s’éloigne.
Et j’attends la prochaine vague de voyageurs.