Plouf

Trop chaud pour être raisonnable

J’ouvre les vannes

Ferme la fenêtre

Et c’est parti pour l’immersion totale

Ondulations fascinantes

Inspirations branchées sur le dioxygène des algues

Fraîcheur des fonds abyssaux

Du coup, le pari est relevé

J’arrête de me faire suer

Musique

Parce que tout a déjà été écrit sur elle
Le pire
Le meilleur
Le convenu
L’étrange
Parce qu’elle a le pouvoir de m’évoquer Agnès Varda
Parce qu’aucune carte IGN, aucun Google map ne peut représenter sa surface mouvante
Parce qu’y règnent des êtres vivants souterrains, amphibies, paralysés par l’héliotropisme
Parce qu’elle est le réceptacle d’échoués mondialisés
Parce qu’elle est l’aboutissement de roches érodées et que nos pas dans son quartz portent le souvenir de montagnes enneigées
Parce qu’un seul de ses grains peut glisser dans les airs sur des milliers de kilomètres
Parce que sa musicalité me place immédiatement dans un état euphorique.

Blanc plage

Ce que j’aime avec la neige
C’est qu’elle a des parfums de plage.
Un grain brille, retient notre attention
Puis un autre, puis encore un autre.
L’historique de nos mouvements s’écrit
Sur la page blanche de l’ubac
Les rouleaux d’un chasse-neige
S’écrasent sur l’estran skiable,
Les surfeurs oscillent
Sur l’écume des crêtes
Et le vent fait glisser au loin
Les rires des vacanciers insouciants.

Légumes marins

En plein hiver mes légumes veulent du soleil
Ils s’inventent des airs de bord de mer
Les navets deviennent méduses
Les carottes coraux
Ils me forcent à les baigner dans une eau salée
Pour mieux entendre le cri de mouette d’une cocotte-minute pressée.

Mise en boîte

Les boîtes voyagent. Elles se hissent sur les camions, les trains, les bateaux et c’est parti pour un tour du monde. Elles s’organisent pour se déplacer en groupe, ensemble les avantages sont nombreux, les prix attractifs, le voyage plus agréable.
Alors quand les boîtes arrivent dans la mer du Nord en janvier 2019, qu’elles se serrent sur le porte-conteneurs MSC Zoe de 19000 places pour se tenir chaud, qu’ensemble elles voient les vagues de plusieurs mètres de haut s’allonger, qu’elles se disent que ça va aller, que finalement non, ça ne va pas du tout, alors, elles tombent à l’eau. Pas toutes. Juste 270.
Presque rien finalement. Pas de quoi en faire la une des journaux. Pas de quoi évoquer l’air qui manque, la nage pénible dans les courants, la dérive, l’échouage en mer ou, pour les plus chanceuses, sur une île néerlandaise, l’expulsion des marchandises. Pas de quoi faire un reportage sur les kilomètres de plages décorées par des cadeaux miraculeux, mélange de jouets, d’ampoules, de chaussures, d’écrans de télévision, de mobilier en kit. J’ai surtout trouvé des sandales, et comme j’en ai collecté une cinquantaine, j’arriverai bien à faire une paire explique un habitant.
Pas de quoi évoquer les boîtes contenant des produits toxiques inflammables dont on ne retrouve qu’un petit sachet.
Rien. Ni bruit, ni fureur.

Le pouvoir des boîtes est immense dans les mers-poubelles de notre planète silencieuse.

Arbre voyageur

Parfois mon liquidambar se liquéfie.
J’embarque sur une mer feuillue
Un pont de bois pour seul radeau
Le flamboyant des vagues pour seule dérive

Au pire, l’ascension

Au pire, tu t’accroches,

Tu te fixes au conglomérat de carbonate de calcium.

Tu te resserres de tout ton être,

Pour ne pas subir les courants et le soleil desséchant.

 

Au pire, tu grimpes

Sur les hauteurs les plus pittoresques,

Coquille de survie dans le dos,

Protection de nacre qui défragmente la lumière.

 

Au pire, tu fermes ton opercule

Pour ne plus subir les mauvais prédateurs

Tu vrilles ta masse viscérale

Prise dans la spirale du temps compté.

 

Au pire, bien sûr.

Sinon, tu assumes ta vie de bigorneau,

Qui tremble devant les lames du ressac,

Qui lève toujours le pied dès que l’effort se fait sentir.

 

Et tu te laisses dériver dans l’océan de l’inaction.