Lire Hélène Gaudy

A chaque fois que je suis près d’un lac, il se passe la même histoire. Assise sur l’herbe vert jade, les pieds en baguette, j’entends deux enfants qui cherchent à tuer une tortue. Je me lève, fais une tête qui suffit à faire fuir les tortionnaires, m’approche de la petite bête, la prends dans mes mains. Elle va mieux merci. Alors je la remets à l’eau. Mais à ce moment là, elle gonfle comme un lotus et se transforme en bateau. Dessus Hélène Gaudy . Allez viens Sylvie, tu ne peux pas rester ici. Je vais te faire voir un vrai lac sauvage « qui contient les cygnes et les contes, les sagas nordiques et les vilains petits canards ». J’ai beau lui dire que je suis très bien moi sur mon lac japonais. Pour une fois qu’il ne fallait pas prendre l’avion pour y aller, c’était une aubaine. Mais rien n’a faire. Elle m’embarque dans ses aventures. Elle me fait voir mille grands lieux, Nantes au loin, Gilles Bruni tout proche qui surveille ses bloutes. Et le soleil glisse à l’horizon. Je demande à rentrer. Elle accepte. En revenant à mon point de départ, les paysages me semblent transformés. Sur la berge, les deux mauvais garçons, une cascade de blanc dans leurs cheveux. Une canne leur sert d’appuis pour la marche. Quatre-vingt ans se sont écoulés. Je me retourne. Hélène me fait un dernier signe et saute dans son livre. En vacances, le temps passe toujours trop vite.