Mémoire

Nous oublierons l’annonce
La rumeur s’était propagée
Elle avait écrit des lettres de remerciement pour chaque élève de sa classe
Elle avait eu le temps de tout préparer
Depuis longtemps.
Nous oublierons la fête, le rire aux éclats de ses quatre ans, ses yeux noirs pétillants, sa silhouette menue nageant dans un fauteuil beige, le petit théâtre de marionnettes venant de s’effondrer, mes mains tenant les acteurs en peluche dans un mélange de cartons peints et de pendrillons froissés, la photo prise de cet anniversaire réunissant les premières copines de ma fille.
Nous oublierons la diffusion de la nouvelle douze ans après
Sa promesse
Elle l’avait dit
Elle l’avait fait
Nos élèves qui avaient son âge et qui ne parlaient que de ça
Notre incompréhension et notre impuissance
Les collègues qui l’avaient eu en classe
Sa volonté
Son effacement du monde
Nous oublierons tout
Ou pas.

Jour de rien

Je les entends.
Leur marche n’est pas silencieuse.
Certains regards sont déterminés.
Des pas donnent le rythme.
Des mains se serrent.

Ils m’avaient demandé.
Vous croyez qu’on peut ?
J’avais convoqué l’Histoire, leurs devoirs de futurs citoyens.
Vous voyez.

Ce vendredi, en classe, c’est tout vu.
Les chaises rayonnent d’absences méritées.
Par la fenêtre, leurs voix nous accusent d’un monde dont ils ne veulent plus

(vendredi 15 mars 2019, les élèves descendent dans les rues lors des manifestations pour le climat).