Monster

Quand j’ai croisé Elon Musk sur le bord de la route
Il était prêt à s’envoler
Il m’a dit
Viens faire un tour dans mon roadster
Je te ferais monter au ciel
Les étoiles pleins les yeux
Viens dans ma Tesla
On ira en orbite
Je te parlerais de conquêtes
De SpaceX
Starman c’est moi
Un peu ici, un peu là-bas
J’ai répondu que je préférais l’espace nature, sans les guirlandes de foire qu’il était en train d’y installer
Du coup il a paru vexé
Et n’a plus cherché à me faire décoller

Noir

Lever les yeux au ciel
Dans le soupir du quotidien
Des gestes automatiques
Au fil d’une conversation banale
Juste après les tu te rends compte et je n’arrive pas à croire qu’une telle chose puisse arriver
Prendre le temps de l’observation
De l’apparition de la palette complète
De Venus pour l’acte I
Au scintillement de la Voie lactée pour l’acte III
Se taire forcément
Dans l’espace point de sons
Puis chercher
Le sombre, le noir, l’absorbant, tous les points de l’anti-lumière, le caché,
L’opaque ni bleu nuit, ni noir violet,
Le véritable obscur
cru et dense
Envahissant
Chercher au-delà de la petite centaine de constellations aux noms d’animaux, d’outils, de mythes antiques
capharnaüm de légendes
Chercher au-delà des planètes
telluriques, gazeuses, glacées
dotées des satellites Titan,Triton, Callisto
géants, dieux et nymphes en révolution
Au-delà des petits objets en oïde
Planétoïdes, astéroïdes, météoroïdes
Percutants à souhait
Terreurs des dinosaures
Chercher au-delà des parures ornementales
Disques, ceintures, anneaux, nuages
Au-delà des déchets stellaires
Minuscules queues de comètes
Dérivant à plus de 40 000 km/h au dessus de nos têtes

Chercher surtout ailleurs
Loin des satellites
russes, chinois, européens, américains
Un monde multipolaire venu transformer l’espace en marché
Quelques milliers aujourd’hui
Plus de 40 000 demain
Des machines à laver volantes
Pour des nuits-foires clignotantes

Avant le désastre
Décoller
Pleins feux
Prendre le large vers les restes insignifiants de vide et de noir
Car il en existe encore un peu
Un tout petit peu
Prélever ce précieux sombre estompé
Puis fermer les yeux
Pour ne rien oublier

(Dessin : Olivier Chancelier)

Juste une

Il paraît

Qu’il existe environ 70 000 000 000 000 000 000 000 étoiles

Que la voie lactée en comprend 200 000 000 000

Qu’en campagne, si la nuit est belle, on peut en compter 3 000

Qu’en ville les lumières ne permettent pas d’en voir plus que quelques centaines

Il paraît

Qu’il existe 7000 objets jetés dans l’espace

Qu’un peu plus de 2 500 satellites sont en orbite

Et dire que chaque soir

Une seule étoile filante suffit à mon bonheur