Sylvain

Au départ, il y a eu l’annonce dans les médias et sur les réseaux sociaux,
des affiches dans les grandes surfaces de Michel-Édouard qui annonçaient le prix,
pas le prix le plus connu qui lui avait été également attribué mais le prix de la maison, qui faisait espérer des ventes supplémentaires, qui montrait la fierté d’avoir misé sur la bonne personne.
C’est comme ça que je l’ai revu chez le coiffeur puis chez le dentiste, couché sur papier glacé dans ce genre de revue qu’on ne lit que dans l’attente d’un rendez-vous.
Entre une couronne et une permanente, il souriait à tout le monde, comme d’habitude, prêt à engager la conversation, le coin droit des lèvres plus haut que le coin gauche, le regard amusé, alors ça va ? Parce qu’il est attentif aux autres, Sylvain, gentil comme c’est pas permis, en plus d’afficher une jeunesse éternelle, on devine presque le pétillant de ses yeux, son sourire plus franc encore qui surgira sur la première phrase lancée, cette envie de découvrir l’autre, de connaître un peu de sa vie et de ses rêves.
Aujourd’hui, je le découvre dans mon magazine culturel hebdomadaire, posé sur mon canapé.
La même photo et le même texte.
La même certitude que l’image va s’animer.
Ça doit lui faire plaisir de rentrer comme ça chez les gens, par la boîte aux lettres,
après avoir fait de l’auto-stop avec le facteur.
Il aura de quoi écrire son prochain roman, une histoire de trajets multiples, de relations humaines fortes, de rencontres fortuites.
Je lui demanderais bien ce qu’il en pense,
de cette belle gueule d’ange coincée entre une critique littéraire et une pub pour des biographies de femmes d’exception, si ça fait pas un peu trop quand même, non ?
Il me répondra sûrement en passant sa main dans ses cheveux déjà bien ébouriffés.
Et puis finalement, je reste muette.
Je ne vais pas me mettre à parler à du papier glacé.

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