Noir

Lever les yeux au ciel
Dans le soupir du quotidien
Des gestes automatiques
Au fil d’une conversation banale
Juste après les tu te rends compte et je n’arrive pas à croire qu’une telle chose puisse arriver
Prendre le temps de l’observation
De l’apparition de la palette complète
De Venus pour l’acte I
Au scintillement de la Voie lactée pour l’acte III
Se taire forcément
Dans l’espace point de sons
Puis chercher
Le sombre, le noir, l’absorbant, tous les points de l’anti-lumière, le caché,
L’opaque ni bleu nuit, ni noir violet,
Le véritable obscur
cru et dense
Envahissant
Chercher au-delà de la petite centaine de constellations aux noms d’animaux, d’outils, de mythes antiques
capharnaüm de légendes
Chercher au-delà des planètes
telluriques, gazeuses, glacées
dotées des satellites Titan,Triton, Callisto
géants, dieux et nymphes en révolution
Au-delà des petits objets en oïde
Planétoïdes, astéroïdes, météoroïdes
Percutants à souhait
Terreurs des dinosaures
Chercher au-delà des parures ornementales
Disques, ceintures, anneaux, nuages
Au-delà des déchets stellaires
Minuscules queues de comètes
Dérivant à plus de 40 000 km/h au dessus de nos têtes

Chercher surtout ailleurs
Loin des satellites
russes, chinois, européens, américains
Un monde multipolaire venu transformer l’espace en marché
Quelques milliers aujourd’hui
Plus de 40 000 demain
Des machines à laver volantes
Pour des nuits-foires clignotantes

Avant le désastre
Décoller
Pleins feux
Prendre le large vers les restes insignifiants de vide et de noir
Car il en existe encore un peu
Un tout petit peu
Prélever ce précieux sombre estompé
Puis fermer les yeux
Pour ne rien oublier

(Dessin : Olivier Chancelier)

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