Mise en boîte

Les boîtes voyagent. Elles se hissent sur les camions, les trains, les bateaux et c’est parti pour un tour du monde. Elles s’organisent pour se déplacer en groupe, ensemble les avantages sont nombreux, les prix attractifs, le voyage plus agréable.
Alors quand les boîtes arrivent dans la mer du Nord en janvier 2019, qu’elles se serrent sur le porte-conteneurs MSC Zoe de 19000 places pour se tenir chaud, qu’ensemble elles voient les vagues de plusieurs mètres de haut s’allonger, qu’elles se disent que ça va aller, que finalement non, ça ne va pas du tout, alors, elles tombent à l’eau. Pas toutes. Juste 270.
Presque rien finalement. Pas de quoi en faire la une des journaux. Pas de quoi évoquer l’air qui manque, la nage pénible dans les courants, la dérive, l’échouage en mer ou, pour les plus chanceuses, sur une île néerlandaise, l’expulsion des marchandises. Pas de quoi faire un reportage sur les kilomètres de plages décorées par des cadeaux miraculeux, mélange de jouets, d’ampoules, de chaussures, d’écrans de télévision, de mobilier en kit. J’ai surtout trouvé des sandales, et comme j’en ai collecté une cinquantaine, j’arriverai bien à faire une paire explique un habitant.
Pas de quoi évoquer les boîtes contenant des produits toxiques inflammables dont on ne retrouve qu’un petit sachet.
Rien. Ni bruit, ni fureur.

Le pouvoir des boîtes est immense dans les mers-poubelles de notre planète silencieuse.

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