D’après mort en été de Claude Lévêque (Fontevraud)

Il n’a jamais le temps. Voilà pourquoi il est pressé. Respiration cadencée. Rythme dompté. Hop, hop, hop. Portable mode miroir pour vérifier l’éclat de ses dents longues. Musique aux gargarismes saturés. Temps bleu uniforme sur une carrière « Tu me fais confiance, je m’occupe de tout mais pense bien à m’augmenter pour éviter que j’aille voir à côté ». Pas de femme et pas d’enfant. Il manquerait plus que ça. Le sauvage du mammifère, c’est sympa chez les autres. Mais lui n’a pas le temps. Tout au plus une petite poulette bien fraîche sur une plage en été. Ç’est toujours agréable et ça décore la voiture. Mais le à la vie, à la mort, alors là surtout pas. Hop, hop, hop. J’ai un compte épargne à remplir et ma villa à payer, la mémoire familiale à honorer, des amis à impressionner, un patron à subjuguer. Hop, hop, hop. Il y a juste ce fichu temps qui creuse le visage version sillons calcaires. Le botox, c’est bien ?

Et puis un soir, sans prévenir, comme un lapin en plein phare, elle est là. Énorme.
La vague. Celle qui emporte tout. Celle qui brise les certitudes. Grand fond abyssal.

Et le voilà. Il flotte à la surface des choses. L’horizontal pour seul horizon. L’ondulation est légère. L’onde passagère. Soulevé par les ailes de Thanatos ou d’Eros, la dérive n’est pas encore décidée. Il me dit Glisse, glisse-toi près de moi. Les courants sont intérieurs. Temps rouge nuancé sur une vie sinueuse.
Retour au calme.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *