Un café et une nouvelle : idée claire (8 mars 2018)

Ce sera un café sans sucre, sans crème, sans caféine et si possible sans goût.
Ce sera du brun clair couleur humus, genre pourriture sylvestre.
Ce sera la mousse qui court à la surface.
La cuillère fabrique la potion.
La forme apparaît.
Pas bon.
On dirait une tête de mort borgne.
Les pirates s’invitent à table.
Le combat entre le réveil déjà bien armé et le retour du sommeil plus sournois.
Les armes s’aiguisent. Un parfum explose dans toute la cuisine. Tonnerre de la cuillère contre le bol.
Langue brûlée. Pillage des papilles.
Le trésor matinal s’envole sous mes yeux sans que je puisse répliquer. Engloutit en quelques secondes.
Il est 8 h du matin sur France Inter.
C’est la journée de la femme.
Le combat continue.

Déluge estival

Au bord du lac, mon pied hésite. Je sais l’eau fraîche pour la saison. Aucun mouvement en surface. La tranquillité aquatique permet le reflet de la voûte argentée. Des publicités nagent près des panneaux indicateurs. C’est le monde à l’envers qui chasse les passagers vers d’autres marées humaines.
Quelques minutes auparavant, le signal sonore avait enclenché le processus. C’était l’appel de la foule. Celle qui tombe en cascade dans les escaliers. Celle qui glisse dans les couloirs multidirectionnels. Celle qui se répand dans le métro quotidien. Dans le torrent des gens, je m’accrochais à la première barre venue. Le tangage indiquait le voyage mouvementé. Et puis voilà. Nous jaillissons sur le quai.
Mais ici, le lac règne en maître. Tombé par hasard lors d’une folle nuit parisienne. Nous sommes sous le Louvre. Le département des Antiquités est en partie fermé, « en raison des intempéries » indique un gardien. Je me plais à penser qu’il s’agisse d’un règlement de compte entre Gaia et Ouranos.
Alors la foule fond et des sourires étonnés naissent. Des regards se croisent. Des hésitations aussi. Certaines personnes se retournent. Attention à l’eau. Une procession est organisée sur le gué. Le pas est mesuré. La cadence ralentie. J’aperçois un isthme. J’ose un saut et me voici sur une île. Seule au lieu de ce lac. Robinson satisfaite de cette situation improbable. Le groupe s’éloigne.
Et j’attends la prochaine vague de voyageurs.