Au bout de la nuit

Parfois les étoiles
glissent
du ciel détrempé
Tombent
sur un sol dance floor
En voient de toutes les couleurs
Paillettes dans les yeux
Saut dans l’espace-temps
This is the rythm of the night
Le DJ envoie du Corona
retour en 1994
Le tube est un véritable
virus planétaire
Et la nuit se déploie
au rythme de la vie
Oh yeah

(Photo : Marie Do Shalimauve)

Nantes

Remonter le temps
Pendule dans l’eau
Près de la Loire bouillonnante
Repenser aux disparus
À Steve et aux autres victimes de violence
Près du Mémorial de l’abolition de l’esclavage
Plonger dans cette ville
victime-bourreau
Où le combat vient du fleuve

fête des mères

Il y a deux ans

J’ai emmené mes élèves devant cette photo

mère rayonnante

Insouciante de jeunesse

Madone présentant son trophée

Ange

l’enfer noir

Il y a deux ans

J’ai emmené mes élèves

À Auschwitz-Birkenau

Et nous avons vu des photos de mères en fête

Partir quelques mois après en fumée

horizon bouché

Tenter de voir le bout
du tunnel
Plisser les yeux
S’efforcer de voir autrement
l’horizon bouché
S’efforcer s’efforcer s’efforcer
Mais ne rien voir du tout
Faudrait pas
le matin
lire l’avenir dans le fond de son verre
Pour passer une belle journée
(Complainte du verre du petit déjeuner)

Faire feu

Hier soir
au ciné
Il y avait un diable d’enfer
Une histoire effrayante
Et belle à la fois
Flammes chaleureuses
Chorégraphie parfaite
J’étais captivée
Hier soir
J’ai préféré Lucifer
À la télé et son lot de nouvelles anxiogènes
Chat sur les genoux
Soufflet en action
Le feu dans la cheminée
plutôt que la mort sur l’écran

Tenir

Hier soir
J’ai vu un arbre
qui tenait à pêcher la lune
La nuit
qui tenait le jour en haleine
Et mon ombre
qui ne tenait
qu’à un fil

Voyage

Hier soir J’ai vu San Francisco

Pas très golden

Mais surtout gate

La mer bien sûr

Et ses mats sombres

Un trafic énorme

Dans l’air

En mer

Sur terre

Et puis finalement

Le calme dans le colza

De toute façon

Je voyageais sans valise

La prochaine fois

C’est certain

Je prendrais un billet en première

pour aller acheter mon pain

Premier bain

Au départ elle est un peu fraîche

Pour ne pas dire glacée

J’ai rapidement de l’herbe jusqu’à la taille

D’une impulsion je m’élance

Un peu comme dans l’espace

Dans l’absence de gravité

Je tente la nage papillon

Ventre frôlant les sauterelles

Bras et jambes agissant symétriquement

Dans mon sillon le blé nouveau se couche

Mon objectif : aller jusqu’à la clôture

Histoire de voir si j’en suis capable

C’est facile

Les tiges aident

La poussée d’Archimède fonctionne

Je tente la vision sous-marine

Mais l’herbe n’est pas assez claire

Elle a un goût de noisette

Finalement crevée

Je remonte vers ma serviette qui sèche au soleil

Une chose est certaine

On nage mieux ici que dans la mer