Petit déjeuner

Parfois cherche à alunir
Dans le mou, le tendre, le relâché
Dans le glissement beurré de la tartine
En flottaison miraculeuse dans un ciel étoilé

(Photographier son bol matinal encore et encore)

amnésie

Ne plus trop savoir

Ni pour le ciel

Ni pour la terre

(Marche dans le pays de Mathias Enard)

Rentrée scolaire

C’est reparti pour le grand tourbillon
La valse aux 20 000 temps
Le sac de la 44ème rentrée
Le rythme en spirale
L’emploi du temps mouvant
Les rencontres enchantées-en chantiers
Cette année ce sera projet artistique poético-sonore, spectacles, expositions, rencontres littéraires
Avec eux
Ces jeunes bâillonnés
Qui auront bien besoin
D’un peu de liberté

Mal léché

Il lance du sauvage
Grogne
Renifle les restes
Regarde ma pile de livres
Coincé dans ce bois industriel, ni brûlé, ni arraché
Juste un bois exploité
Ce pied de table basse
Dernier refuge pour lui
Ou alors c’est moi
Qui imagine n’importe quoi
Avec les yeux du bois

Café In

Décollage du matin
Toujours troublant
D’entendre
Un craquèlement de banquise
Dans son café
L’été

ciel souvenir

Vivre l’embrasement
How do we sleep while our beds are burning ?
Cuivres et voix d’urgence
Midnight Oil dans l’été de mes 15 ans
Un monde qui s’ouvrait
Mitterrand contre Chirac
La menace du Sida
Pin’s Touche pas à mon pote
Parfum Coco de Chanel
Le même bandana qu’Etienne Daho porte dans Week end à Rome
Pierre Desproges perdu dans le Grand Bleu
Glenn Medeiros dans un coucher de soleil torride
Des réminiscences accrochées aux nuages du soir
Palette polychrome d’un temps adolescent

Monster

Quand j’ai croisé Elon Musk sur le bord de la route
Il était prêt à s’envoler
Il m’a dit
Viens faire un tour dans mon roadster
Je te ferais monter au ciel
Les étoiles pleins les yeux
Viens dans ma Tesla
On ira en orbite
Je te parlerais de conquêtes
De SpaceX
Starman c’est moi
Un peu ici, un peu là-bas
J’ai répondu que je préférais l’espace nature, sans les guirlandes de foire qu’il était en train d’y installer
Du coup il a paru vexé
Et n’a plus cherché à me faire décoller

Légume

Elle m’a dit
Avec ses cheveux noisette et son short gris
Vas-y photographie
L’histoire de l’aubergine
Qui fait du crawl
Dans l’océan atlantico-culinaire
Ça fera des souvenirs de plage
Elle m’a dit
Écris
Le noir du légume bientôt tranché
Le brillant de sa peau prochainement dépecée
L’écume verte du pédoncule fraîchement taillé
Elle m’a dit
Invente une histoire trouble de ratatouille
Le mélange amoureux tomato-courgette
Le parfum subtil juste après la mise à nue
Elle m’a dit ça
Ou alors c’est moi
Qui imagine n’importe quoi

Une dernière danse

Dans l’illusion du jour
Suivre la danse de l’insecte
Vivre l’éclat
Ignorer la vitre qui arrête le temps
le temps qui arrête la mouche
la mouche qui arrête son bourdonnement
Vivre l’illusion
Et ne plus se soucier du reste